Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 11:49

Comme si vous étiez du voyage (convivial, riche et fort intéressant) …

 

Participants de l’association Planète terre :

Geneviève Blanc

Carol Caurier

Abdelali El Asri

Michel Goldstyn

Nicole Lefur

Catherine Sénécal

Agnès (qui adore conduire et conduit très bien) et Cherifa (qui ne peut être tout au plus que bon co pilote depuis ses problèmes d’yeux) de l’association Terres des femmes les ont accompagnés.

 

Lundi 26/09/11

Départ vers Moulay Idriss chez Hlima, douar Dhar Nsour, caidat de Bni Amar

Hlima vit avec sa fille Nezha brodeuse et son fils qui travaille dans une carrière.

Nezha travaille pour l'association « Le Fil de l'échange » de Casablanca (sous- association de Terres des femmes) et fait travailler quelques 18 jeunes filles des environs.

Hlima avait préparé un bon couscous aux légumes avec de la viande de langue. Sur proposition de Nezha, Hlima devait mettre le couscous dans un plat de faïence qui n’était même pas assez grand pour y mettre tous les légumes. Finalement, Agnès et cherifa lui ont suggéré, pour le bonheur de tous, de le mettre dans une « gessâa » en terre.

Après le déjeuner et en prenant le thé, Nezha nous a montré son travail. Quand à Hlima elle avait tellement de choses à me confier. Elle aurait appris le métier de sa mère et de sa belle mère pour qui elle allait chercher la terre. Elle trouve que son métier est très dur, mais elle déplore que les jeunes ne s’intéressent plus à la poterie. Elle voudrait bien que Nezha apprenne la poterie pour avoir la possibilité de se reconvertir facilement car elle commence à avoir mal aux yeux avec la broderie.

Nous avons également parlé de la possibilité pour elle de partir en France dans le cadre du festival d’Anduze au cours du mois d’août 2012. Hlima est partante, ça l’intéresse de voir autre chose et échanger l’expérience. Elle a déjà vu des reportages sur les groupes de musique qui vont en tournée à l’étranger.

Nous lui avons demandé de commencer à faire ses papiers : CIN, passeport, etc.

Après Hlima a fait une démonstration pour le groupe. Elle maîtrise parfaitement la technique (remarque de profane). En travaillant, elle a une posture de yoga et tourne autour de son ouvrage au lieu d’utiliser une tournette. Pendant ce temps, Nezha nous a servi du café et des gâteaux.

Les amis français ont montré à Hlima le travail qu’ils font : Abdelali (vase d’Anduze), Michel (bol de faïence) et Nicole (carreaux et médaillons). Nicole qui en avait en nombre suffisant leur a toujours laissé carreaux et médaillons en souvenir.

Après avoir acheté quelques poteries et indemnisé (800 Dh) Hlima et Nezha pour leurs prestations (activité immédiatement génératrice de revenus substantiels), nous sommes partis les unes pour rendre visite en fin d’après midi à Saida et sa fille Fatima, les autres pour visiter Volubilis.

Saida nous a montré ce qu’elle fait. Les barattes ont beaucoup plu à Geneviève et Nicole qui en ont acheté.

Fatima nous a aussi montré sa broderie, nous lui avons suggéré de se mettre en rapport avec Nezha pour avoir des commandes.

Ensuite, nous avons tous rejoint Dar Zerhoune à Moulay Idriss où nous avons dormi (200 Dh chacun, nuitée et petit déjeuner) après avoir dîné au restaurant « La colombe blanche » : petite salade de crudités, tagine de kefta aux œufs sauf pour Carol qui est végétarienne, melon (menu à 85 Dh).

Les 800 Dh remis à Hlima ont aussi boosté Nezha puisque le lendemain nous l’avons croisée allant à Moulay Idriss pour s’approvisionner.

 

Mardi 27/09/11

Départ pour Slit après nous être arrêtés pour acheter du melon.

Arrivée chez Fatna où un couscous végétarien et un tagine de poulet aux carottes et aux coings nous attendaient. Auparavant, Cherif, Fatna et leurs enfants (Mohammed, Nezha, Souad, Fatima, Chaimae étant à l’école) ont étalé presque toute la production de Fatna (qui a beaucoup et bien travaillé).. Les amis français lui ont beaucoup acheté.

Il faut dire que sa poterie est très belle et variée.

Après le repas Fatna a montré au groupe comment elle travaille. Elle semble se donner moins de mal que Hlima : elle est assise et utilise une tournette faite de deux pierres plates superposées.

Elle trouve que la poterie est très dure et n’arrête pas de se dévaloriser.

Les amis lui ont également montré le travail qu’ils font. Après l’avoir indemnisé (600 Dh) pour le repas et la démonstration nous sommes allés chez Fatma.

Fatma est beaucoup plus exubérante. Elle nous installe devant la belle vue pour le goûter, nous montre sa production. Il semble que ce soit son mari qui décore la poterie.

Aidée par ses filles et belle fille enceinte de 8 mois, elle prépare le dîner. Pour ne pas déranger les deux familles nous avons décidé de dîner ensemble chez Fatma et de nous séparer pour le coucher.

Avant le dîner, les amis ont projeté quelques films sur la poterie : vase d’Anduze, le travail de Tamimount (poterie Beni Ouriaghel d’Al Hoceima), potière du mali, etc.

Fatna et deux de ses enfants se sont joints à nous et pour la projection et pour le dîner (sardines frites et tagine de poulet).

Nous étions quatre à dormir chez chacune des familles.

Avant de partir, nous avons payé à Fatna notre nuitée et petit déjeuner (80 Dh chacun) et avons rejoint les autres.

Retombées attendues

Cherif qui m’avait demandé de demander à Agnès de lui prêter 1 000 Dh, n’a pas réitéré sa demande.

Nous avons également payé notre dîner à Fatma (60 Dh chacun). Quand à ceux qui avaient dormi chez Fatma, ils lui ont réglé la demi-pension (140 Dh par personne). Les amis lui ont également acheté quelques poteries.

 

Mercredi 28/09/11

Départ vers le gîte de Ahmed Tachti. Après avoir acheté melon et raisins à Aïn Dorij, nous nous sommes perdus et avons fait un très grand tour avant d’arriver au gîte vers 15 h.

Point de déjeuner en perspective mais thé et Harcha. Oum Keltoum épouse de Ahmed (très avenante et bien dans sa peau) commence à peine à préparer le repas, ce sera le dîner : Harira, tagine aux carottes et haricots verts. Le groupe a été faire une ballade avec Ahmed, puis ce fut Aicha (potière et mère d’Ahmed) qui a fait une démonstration juste avant la tombée de la nuit. Touria, sa fille décore la poterie. Dans son gîte, Ahmed a réservé une pièce avec des étagères pour la poterie de sa mère. Dommage qu’elle soit de mauvaise qualité.

Après le dîner, Oum Keltoum avait préparé un cake et nous avons fêté ensemble l’anniversaire d’Agnès.

Nous avons quitté le gîte après avoir réglé Ahmed (180 Dh chacun pour la demi- pension).

 

Jeudi 29/09/11

Départ vers Oued Laou après avoir acheté à Chaouen pain, fruits (lait et café de peur de rester sans notre biberon le matin).

Arrivée chez Assia (douar Abdellaten) qui ne sait que sourire. Le repas était prêt : tagine de poulet, sardines frites, tortilla, salade de tomates et poivrons frits.

Après le café, Assia est passée dans son atelier pour travailler et non pour faire une démonstration. Assia contrairement aux autres, aime son métier. Le souk Sebt de Oued Laou n’étant pas loin, elle a toujours pu écouler sa production.

Elle est aussi partante pour la France et a déjà sa nouvelle carte d’identité. Elle pense qu’en son absence, sa mère restera chez son frère Younès et sa belle sœur pour laquelle elle n’a pas tari d’éloges.

Après nous sommes allés chez Rahma qui vient de marier son fils. Nadia sa fille est aussi partante pour la France et doit commencer à faire ses papiers.

Comme c’était le jour de la cuisson de la poterie, de nombreux fours étaient allumés, certains traditionnels, d’autres nouveaux sur conseil de potiers venus de Salé.  

Après nous sommes revenus chez Rahma qui nous attendait avec un goûter copieux. Les amis l’ont indemnisée (120 Dh).

 

Le dernier soir, nous avons dîné dans un petit restaurant au bord de la mer à Oued Laou (harira, fritures de poissons et crevettes pill pill) et nous avons passé la nuit dans un petit hôtel (100 dh par personne).  

 

Lorsque nous avons parlé aux femmes du voyage en France, nous leur avons précisé qu’il sera question seulement de prise en charge : billet d’avion et séjour.

Nous avons pensé qu’Anne Marie pouvait se renseigner au consulat s’il serait également demandé à ces femmes pour l’octroi de visa, un relevé bancaire avec un compte bien approvisionné.

 

De manière générale, Agnès pour qui ce n’est pas la première fois a constaté l’avancement des travaux de construction dans chacune des maisons visitées. Les familles se préparent petit à petit à avoir des chambres d’hôtes pour pouvoir recevoir des touristes nationaux ou étrangers. Ils étaient fiers de nous montrer tout ce qu’ils ont fait mais conscients de ce qu’il leur reste à faire. Cherif par exemple, a mentionné que les chambres sont prêtes mais qu’il n’a pas pu encore acheter les matelas. Fatma attend que ses enfants reviennent pour s’occuper des sanitaires.

 

Moi qui visitais les potières pour la première fois, j’étais ravie de pouvoir inaugurer ce système de logement chez l’habitant.

Depuis 1985, j’entends parler d’activités génératrices de revenus pour les femmes. En fait, ce sont toujours des activités qui donnent plus de travail aux femmes (ce qui les rend moins disponibles et leur crée des problèmes au sein de leur famille) et qui ne génèrent aucun revenu, sinon des revenus de misère, les exemples ne manquent pas.

Je me suis toujours posée la question de savoir pourquoi on ne mettrait pas les femmes sur le créneau des chambres d’hôtes et de la restauration.

Ces activités rapportent tellement et uniquement aux hommes vu qu'ils ont l'argent et du cran. Alors que ce sont toujours les femmes qui travaillent sous la supervision des hommes. Cela pourrait promouvoir à la fois, leur indépendance économique mais aussi le tourisme rural dans notre pays. Avant tout, c’est un domaine qui leur incombe traditionnellement et qu’elles font très bien et très consciencieusement alors que les hommes le font uniquement pour gagner de l’argent.

Point de départ de l’idée

Chaque fois que je suis partie sur le terrain, un peu partout,  et ce depuis 1985, il a fallu s’arrêter en cours de route, pour manger, etc. C’est toujours très sale comme si endroit modeste doit être synonyme de saleté. C’est toujours la mort dans l’âme que l’on se dirige vers les toilettes ou vers le point d’eau pour se laver les mains, redoutant d’attraper quelque chose.

Depuis, je rêve de mettre en place des petits restaurants tenus et gérés par les femmes, qui profitent aux femmes d’abord et où on ne serait pas arnaqués.

A un moment donné, j’ai pensé que dans une ville aussi touristique que Fès, il aurait été possible de repérer des femmes seules (veuves ou divorcées) qui souhaitent améliorer leurs conditions de vie, en offrant à déjeuner à un nombre déterminé de touristes nationaux ou étrangers qui seraient pour la journée à Fès. Ce jour là, j’accompagnais précisément des amis à Fès, on avait très mal mangé à midi et très cher. Il faisait chaud et nous aurions voulu trouver une petite maison « beldia », où il fait bon, pour manger marocain, simple et propre, avec les bons légumes et fruits de « Rsif? » (marché de légumes de fruits de la médina), avoir pour son argent, pouvoir nous reposer sur des banquettes, prendre un petit thé à la menthe avant de repartir pour l’après-midi. Ce n’est pas demander la lune, simple et faisable, n’est-ce pas ?

J’ai imaginé un endroit où on pourrait signaler de bon matin que tant de personnes souhaitent déjeuner dans un foyer marocain et faire répercuter la demande sur les principales intéressées.

 

Maintenant il va falloir accompagner ces familles pour faire de leur mieux pour un accueil dans de meilleures conditions.

  • Assurer de bonnes conditions d’hygiène : chambre, literie et sanitaires  propres, environnement sain.
  • Fournir une nourriture saine et équilibrée : 

Fatna aurait pu se simplifier la tâche en faisant un plat unique de couscous au poulet étant donné la difficulté des tâches ménagères.

Fatma aurait du s’abstenir de faire un tagine de poulet et des sardines frites le soir.

Assia aurait du s’en tenir aux sardines, salade et tortilla sans faire le tagine de poulet.

 

Remarque

Les ruraux de manière générale et les familles des potières en particulier vous offrent tout ce qu’ils ont mais apprécient aussi de recevoir.

Les fruits étaient bienvenus étant donné qu’ils sont loin de tout, les dattes nouvelles, le fekkas, les vêtements pour enfants, la vaseline, etc.

Geneviève les a aussi comblés en leur offrant des articles estampillés conseil général d’Anduze : casquette, lampe de poche sans pile, stylos, porte-clé, etc. mais aussi des Tee shirt « Planète terre ».

 

Conseil : ne pas tout donner d’un coup

Abdelali a donné tout un paquet de bonbons aux deux filles d’Ahmed, alors que ça aurait fait 36 000 heureux dans le dernier douar visité.

En arrivant chez Fatna, nous lui avons donné 2 gros melons et 2 petits. Si l’on avait gardé un gros et un petit pour Fatma, elle n’aurait pas été autant désolée de ne pas nous offrir de dessert.

 

Toutes ces familles qui nous ont accueillis ont pu le faire grâce à l’argent de la vente des objets artisanaux : poterie, broderie, tissage et vannerie. Au départ, il n'y avait pas de sanitaires, salle avec banquettes... Actuellement, toutes les potières ont pu agrandir et améliorer leur intérieur.

Il me semble que cette solution qui valorise leur travail et les rend responsables des améliorations de leur cadre de vie vaut mieux que le micro- crédit qui les maintient toujours dans la dépendance.

 

Avec plus de moyens les filles rurales ne feront probablement plus qu’un bref passage à l’école et ne seront plus aussi nombreuses dans les maisons à attendre un éventuel mari. Elles pourront poursuivre leurs études et deviendront ainsi des agents de changement.

Par Terres des femmes - Publié dans : terresdesfemmes
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