Le premier outil de l'homme fut la main. Elle fabriquait tout ce que la vie quotidienne exigeait. C'est ainsi que la poterie nous renvoie à nos origines.
Elle nous donne des indications sur le mode de vie, les occupations, les activités, les coutumes, les croyances et les échanges commerciaux de nos ancêtres. Des spécialistes ont découvert qu'elle a des origines millénaires, 6000 à 9000 ans avant J.-C. Les plus anciennes poteries découvertes au Maroc, et qui se trouvent au Musée de Rabat, datent de 3800 avant J.-C. Ce sont les poteries néolithiques de Rouazi - Skhirat.

Actuellement, les potiers et potières continuent à réaliser cette forme de poterie rustique, archaïque et fonctionnelle, mais d'une telle pureté que des céramistes contemporains pourraient l'envier.
En Europe, cette poterie modelée a disparu dès le XVIe siècle.
Par sa morphologie et son décor, c'est une forme d'art millénaire, riche d'enseignements et de témoignages. Elle véhicule encore des motifs de décoration protohistorique dont la signification est sans doute oubliée mais que la mémoire collective a fidèlement gardée. Elle est utilisée dans les villages et le surplus est vendu dans les souks ; mais l'arrivée du plastique et de l'aluminium tend à la faire disparaïtre.
Pour préserver ce patrimoine, il est souhaitable de le faire connaïtre, de l'encourager, de favoriser sa production en lui donnant de nouveaux usages et débouchés.
La poterie rurale féminine dans le Nord marocain est spécifique aux régions rurales et montagneuses où l'appartenance à une tribu se maintient fortement dans la mémoire culturelle des potières. Les contraintes du milieu font de ces communautés des entités très contraignantes qui ont leur culture, leurs coutumes et leur poésie ; elles sont intégrantes, protectrices et conservatrices mais castratrices quant à l'innovation et à l'initiative individuelle.
Cette poterie est attachante par son authenticité. Les femmes façonnent l'argile à la main, montent aux colombins sur un fond plat, décorent avec un pinceau rudimentaire et cuisent dans une excavation à l'air libre ou dans un four construit en argile. Les hommes potiers, étant à une époque peu appréciés, cédèrent leur métier à leur femme et se chargèrent d'aller vendre les poteries au souk ou le long des routes.
Ces poteries sont fonctionnelles, d'une extrême simplicité, éclatantes dans leurs couleurs naturelles. Leurs formes ressemblent étrangement à celles de la production grecque, phénicienne et carthaginoise. Certaines sont décorées, d'autres non.
La poterie décoréeLes décors sont à base de matières végétales (lentisque ou caroubier), minérales (manganèse) de terre colorée (engobe) blanche, ocre, rouge et brun foncé.
Les motifs sont géométriques ou stylisés ; ce sont des altérations de dessins figuratifs qui se sont graduellement schématisés - croix, triangles, losanges, chevrons, courbes, carrés magiques, cercles cosmiques, lignes bris"ees. Ces motifs symbolisent la terre, le feu, l'air, les végétaux et les animaux à connotation reptilienne ou aquatique.
Parmi ces motifs, une simple silhouette stylisée d'un personnage aux bras en croix, penché sur un sorte de galère phénicienne, nous renvoie au périple d'Hannon en 450 avant J.-C. Par ce dessin traditionnel, les potières nous perpétuent cette épopée qu'elles ignorent.
Exemple. Le petit hallab à la barque de la tribu des Beni-Ouriaghel et des Guesnaya (Al Hoceima).
La poterie non décoréeVendue à des prix dérisoires le long des routes, elle mérite aussi notre attention. Les artisanes qui la façonnent sur le pas de leur porte travaillent à la perfection.
Leurs pièces pourraient équiper toute une cuisine : bougeoirs, cruches, pichets, amphores, gourdes, pots à lait, gobelets, bols, soucoupes, saladiers, plats et marmites de toutes dimensions...
Elles sont modelées à la main suivant la technique du colombin, lissées à l'aide d'un bout de bois, d'un morceau de cuir ou d'un galet. La moindre petite pièce est bien façonnée, nerveuse, symétrique tout en gardant la marque de la chose "fait main". Et de plus, elles supportent aussi bien la chaleur que le gel (four, micro-onde, lave vaisselle).
Exemple : La vaisselle de la tribu des Beni-Saïd (Oued Laou)