Potières de Slit : Fatma Cherif, Fatma Cherkaoui, Rahma Derraz

Brodeuse de Moulay Driss : Nezha que le mari a laissée partir, même pas 2 semaines après leur mariage.

L’exposition a pu se faire grâce à l’offre généreuse de Carine et son mari Carlos, de mettre à la disposition de « Terres des femmes » leur belle maison et leur magnifique jardin.

Qu’ils soient ici chaleureusement remerciés pour leur amabilité et leur serviabilité (ils étaient aux petits soins)  ainsi que leur dévoué personnel Fatima et Abdelhadi.

Merci également à Jmia, ma femme de ménage qui m’a beaucoup aidée à réussir ce séjour en venant tous les jours (au lieu de 2 jours par semaine, mardi et vendredi).

Merci à Najib et Touriya qui ont mis dans mon panier pour les potières plus de menthe que d’habitude et 2 pots de confiture.

Enfin, de last but not the least, un grand merci à une grande dame qui travaille depuis longtemps, comme une abeille ou une fourmi avec les potières (à elle de choisir), à l'amont de l'exposition, mais aussi pendant et après. Vous avez sûrement deviné de qui il s'agit : Agnès.

Ai-je besoin d'ajouter que sans Agnès, ses nombreux déplacements auprès des potières, par tous les temps, pour ramener cette poterie à Rabat, etc. l'exposition n'aurait pas pu se faire.

 

Mercredi 16 mai : arrivée

Elles étaient attendues mercredi 16 mai dans l’après midi. Karim, le transporteur nous avait dit qu’elles seraient là vers 9 h 30, j’avais prévu de les occuper en les emmenant au zoo et au bord de la mer. Finalement, je les ai récupérées à Oulja aux environs de midi. Après le déjeuner, elles étaient tellement fatiguées (elles s’étaient levées très tôt) qu’elles avaient plutôt envie de faire une bonne sieste. Comme je devais aller chercher mon panier vers 17 h, seules Nezha et Rahma m’y avaient accompagnée. Au retour, Rahma a suggéré que l’on aille voir la mer. J’ai lui ai répondu que nous ne pouvions pas y aller sans les autres.

En fin d’après midi je les ai donc emmenées à la plage « sables d’or ». Fatma Cherkaoui est restée à nous attendre sur le sable (mal au genou). Nous quatre, avons marché d’un bout à l’autre de la plage, très peu au bord de l’eau tellement la marée était basse. Ce fût intéressant de voir le prisme à travers lequel elles vivaient cette marche sur le sable : C’est un sable qui serait très bien pour la construction, n’aurait pas besoin qu’on y mélange du gravier (petits morceaux de coquillages). Est-ce que ce sable peut être utilisé pour la poterie ?

Au bout de la marche aller, Fatma et Rahma ont grimpé comme des chèvres sur les rochers et ne voulaient plus descendre.

De la même façon que nous devons nous adapter à leur espace et à leur mode de vie, elles ont besoin de s’adapter aux nôtres. Elles attendaient de moi que je leur explique tout même des choses qui me paraissent évidentes.

Au début, elles laissaient un véritable marécage derrière elles en sortant des toilettes. Je ne comprenais pas comment elles font. C’est Nezha qui m’a dit qu’elles font leurs ablutions dans mes étroites toilettes, alors que ma douche s’y prête infiniment mieux.

Le premier soir, je leur ai proposé les 3 espaces pour dormir : la chambre de mon fils avec deux bons lits, le petit salon marocain et deux banquettes confortables dans le salon. Elles devaient s’y répartir comme elles veulent. Elles se seraient bien toutes agglutinées dans le petit salon marocain. Finalement Nezha et Rahma ont dormi dans la chambre, Fatma Cherif et Fatma Cherkaoui ont dormi dans le petit salon marocain. Le dernier soir, après le départ de Nezha, Rahma a laissé tomber son lit pour se joindre à elles.

Je garde de mes premières vacances en Bretagne, début des années 1960, une des bonnes habitudes des Français de remettre à chaque invité, une grande et une petite serviette ainsi qu’un gant de toilette et j’ai procédé de la sorte avec les potières. Elles ont tout mis de côté et se sont essuyées dans une serviette. Le premier matin, je leur ai dit qu’il y a de l’eau chaude grâce au chauffe-eau solaire si elles veulent prendre une douche. Elles m’ont répondu qu’elles préfèrent se doucher à la fin de la journée, à part Nezha. De retour de l’exposition, elles ne se sont pas plus douchées, ce ne sera que le lendemain qu’elles y passeront. C’est dire qu’elles peuvent ne pas comprendre que nous soyons aussi inconditionnelles de la douche quotidienne.

Jeudi : 1ère journée de l’exposition

Vendredi : 2ème jour de l’exposition

Samedi : 3ème jour de l’exposition

Avant de les déposer chez Carine, je les ai emmenées à Akkari. Elles étaient très contentes de découvrir un marché aussi bien achalandé.

Dimanche : médina jusque la rue des consuls 

Nous avons marché jusqu’à l’avenue de France, pris le tram jusqu’à la gare du centre ville. Elles ont remarqué la jeune femme qui le conduisait. Nous avons déambulé dans l’avenue Mohammed V puis Allal Ben Abdallah, longé la souika, souk sabbat, puis rue des consuls. Nous avons atterri chez mon ami tisserand Said qui nous attendait avec un thé et lharcha. Said a beaucoup discuté avec Fatma Cherkaoui travail de la laine et éventuelle future collaboration. Il leur aussi montré ses métiers à tisser. Après nous avons été rue Sidi Fatah à la recherche de toile à broder grise pour Nezha, en vain. Nous avons repris le chemin du retour après un bref passage par le lycée Descartes où visiblement, elles ont préféré s’asseoir pour se reposer de leur périple et particulièrement Fatma Cherkaoui qui a peiné à marcher à mon rythme, plutôt que de voir l’ensemble des stands.

Pour le déjeuner, comme Jmia n’était pas là,  j’ai fait simple : A midi sandwich à la charcuterie halal, tomates, poivrons, olives et le soir pâtes à la sauce tomate avec viande hachée et fromage râpé.

Après une sieste, je leur ai proposé d’aller faire un tour dans la forêt. Fatma Cherkaoui ayant préféré se reposer, j’y suis allée avec Fatma Cherif et Rahma Derraz. A ce moment là, Agnès m’appelle pour me dire que la TV est enfin arrivée (avec 24 h de retard). Nous avons du revenir chez moi pour embarquer également Fatma Cherkaoui.

Dans la forêt, elles étaient toutes étonnées que personne ne coupe le bois. Elles ont remarqué tout le bois mort que personne ne ramasse ainsi que les poubelles métalliques, couleur terre. Elles ont suggéré de vendre leur poterie, la prochaine fois, dans la forêt, tellement il y a de monde.

Le reportage devait passer sur la une ce lundi 21 mai après les informations du soir.

Que vous relater d’autre ?

Dès le premier après midi, elles (en particulier Fatma Cherkaoui) étaient intriguées et voulaient en savoir plus sur ma situation familiale. A Slit elle me voit seule mais de ne pas trouver d’homme chez moi ! Elle a fait de gentilles allusions pour commencer : ton mari, que Dieu ait son âme, s’il est mort. J’ai laissé durer le suspense toute la soirée. Le lendemain matin, je leur ai dit que je suis divorcée. Elle a trouvé moyen d’ajouter qu’elle ne répandra pas l’information.

Elles étaient toutes curieuses d’en savoir plus sur nous. Jean a-t-il une femme, a-t-il des enfants ?

Elles brûlaient d’envie de savoir où chacun de nous créchait.

Au retour de la plage, j’avais téléphoné à Agnès, comme nous passions devant chez elle, pour savoir si l’on pouvait passer 5 mn, ça leur a fait très plaisir.

J’ai été extrêmement frappée par leur capacité à se retenir devant tant de marchandises. Que ce soit à Akkari ou en médina, pas le moindre achat à l’exception de Rahma qui a acheté une paire de babouches : n’avaient pas le moindre sou jusqu’au dernier jour et/ou pas l’habitude de dépenser.

3 femmes, 3 personnalités différentes : Fatma Cherkaoui, la moins agile de toutes mai intarissable, toujours quelque chose à raconter parfois drôle, souvent avec des tournures incompréhensibles. Fatma Cherif ne parle que rarement pour ajouter quelque chose. Rahma, très directe. Un soir, elle me dit que toute seule j’ai plus de vaisselle. J’ai du lui répondre que je n’ai pas toujours été seule, j’avais une petite et grande famille ainsi qu’une belle famille. Elle parle en criant, on dirait qu’elle se bagarre toujours.

Nezha s’est sentie très à l’aise chez moi et m’a beaucoup aidée. Le matin, pour mon grand bonheur, j’ai réussi à garder mon rythme. Je déjeunais, préparais leur petit déjeuner et allait marcher dans la forêt. Nezha aidée par Rahma s’occupait de la suite.      

Comme si vous étiez du voyage (convivial, riche et fort intéressant) …

 

Participants de l’association Planète terre :

Geneviève Blanc

Carol Caurier

Abdelali El Asri

Michel Goldstyn

Nicole Lefur

Catherine Sénécal

Agnès (qui adore conduire et conduit très bien) et Cherifa (qui ne peut être tout au plus que bon co pilote depuis ses problèmes d’yeux) de l’association Terres des femmes les ont accompagnés.

 

Lundi 26/09/11

Départ vers Moulay Idriss chez Hlima, douar Dhar Nsour, caidat de Bni Amar

Hlima vit avec sa fille Nezha brodeuse et son fils qui travaille dans une carrière.

Nezha travaille pour l'association « Le Fil de l'échange » de Casablanca (sous- association de Terres des femmes) et fait travailler quelques 18 jeunes filles des environs.

Hlima avait préparé un bon couscous aux légumes avec de la viande de langue. Sur proposition de Nezha, Hlima devait mettre le couscous dans un plat de faïence qui n’était même pas assez grand pour y mettre tous les légumes. Finalement, Agnès et cherifa lui ont suggéré, pour le bonheur de tous, de le mettre dans une « gessâa » en terre.

Après le déjeuner et en prenant le thé, Nezha nous a montré son travail. Quand à Hlima elle avait tellement de choses à me confier. Elle aurait appris le métier de sa mère et de sa belle mère pour qui elle allait chercher la terre. Elle trouve que son métier est très dur, mais elle déplore que les jeunes ne s’intéressent plus à la poterie. Elle voudrait bien que Nezha apprenne la poterie pour avoir la possibilité de se reconvertir facilement car elle commence à avoir mal aux yeux avec la broderie.

Nous avons également parlé de la possibilité pour elle de partir en France dans le cadre du festival d’Anduze au cours du mois d’août 2012. Hlima est partante, ça l’intéresse de voir autre chose et échanger l’expérience. Elle a déjà vu des reportages sur les groupes de musique qui vont en tournée à l’étranger.

Nous lui avons demandé de commencer à faire ses papiers : CIN, passeport, etc.

Après Hlima a fait une démonstration pour le groupe. Elle maîtrise parfaitement la technique (remarque de profane). En travaillant, elle a une posture de yoga et tourne autour de son ouvrage au lieu d’utiliser une tournette. Pendant ce temps, Nezha nous a servi du café et des gâteaux.

Les amis français ont montré à Hlima le travail qu’ils font : Abdelali (vase d’Anduze), Michel (bol de faïence) et Nicole (carreaux et médaillons). Nicole qui en avait en nombre suffisant leur a toujours laissé carreaux et médaillons en souvenir.

Après avoir acheté quelques poteries et indemnisé (800 Dh) Hlima et Nezha pour leurs prestations (activité immédiatement génératrice de revenus substantiels), nous sommes partis les unes pour rendre visite en fin d’après midi à Saida et sa fille Fatima, les autres pour visiter Volubilis.

Saida nous a montré ce qu’elle fait. Les barattes ont beaucoup plu à Geneviève et Nicole qui en ont acheté.

Fatima nous a aussi montré sa broderie, nous lui avons suggéré de se mettre en rapport avec Nezha pour avoir des commandes.

Ensuite, nous avons tous rejoint Dar Zerhoune à Moulay Idriss où nous avons dormi (200 Dh chacun, nuitée et petit déjeuner) après avoir dîné au restaurant « La colombe blanche » : petite salade de crudités, tagine de kefta aux œufs sauf pour Carol qui est végétarienne, melon (menu à 85 Dh).

Les 800 Dh remis à Hlima ont aussi boosté Nezha puisque le lendemain nous l’avons croisée allant à Moulay Idriss pour s’approvisionner.

 

Mardi 27/09/11

Départ pour Slit après nous être arrêtés pour acheter du melon.

Arrivée chez Fatna où un couscous végétarien et un tagine de poulet aux carottes et aux coings nous attendaient. Auparavant, Cherif, Fatna et leurs enfants (Mohammed, Nezha, Souad, Fatima, Chaimae étant à l’école) ont étalé presque toute la production de Fatna (qui a beaucoup et bien travaillé).. Les amis français lui ont beaucoup acheté.

Il faut dire que sa poterie est très belle et variée.

Après le repas Fatna a montré au groupe comment elle travaille. Elle semble se donner moins de mal que Hlima : elle est assise et utilise une tournette faite de deux pierres plates superposées.

Elle trouve que la poterie est très dure et n’arrête pas de se dévaloriser.

Les amis lui ont également montré le travail qu’ils font. Après l’avoir indemnisé (600 Dh) pour le repas et la démonstration nous sommes allés chez Fatma.

Fatma est beaucoup plus exubérante. Elle nous installe devant la belle vue pour le goûter, nous montre sa production. Il semble que ce soit son mari qui décore la poterie.

Aidée par ses filles et belle fille enceinte de 8 mois, elle prépare le dîner. Pour ne pas déranger les deux familles nous avons décidé de dîner ensemble chez Fatma et de nous séparer pour le coucher.

Avant le dîner, les amis ont projeté quelques films sur la poterie : vase d’Anduze, le travail de Tamimount (poterie Beni Ouriaghel d’Al Hoceima), potière du mali, etc.

Fatna et deux de ses enfants se sont joints à nous et pour la projection et pour le dîner (sardines frites et tagine de poulet).

Nous étions quatre à dormir chez chacune des familles.

Avant de partir, nous avons payé à Fatna notre nuitée et petit déjeuner (80 Dh chacun) et avons rejoint les autres.

Retombées attendues

Cherif qui m’avait demandé de demander à Agnès de lui prêter 1 000 Dh, n’a pas réitéré sa demande.

Nous avons également payé notre dîner à Fatma (60 Dh chacun). Quand à ceux qui avaient dormi chez Fatma, ils lui ont réglé la demi-pension (140 Dh par personne). Les amis lui ont également acheté quelques poteries.

 

Mercredi 28/09/11

Départ vers le gîte de Ahmed Tachti. Après avoir acheté melon et raisins à Aïn Dorij, nous nous sommes perdus et avons fait un très grand tour avant d’arriver au gîte vers 15 h.

Point de déjeuner en perspective mais thé et Harcha. Oum Keltoum épouse de Ahmed (très avenante et bien dans sa peau) commence à peine à préparer le repas, ce sera le dîner : Harira, tagine aux carottes et haricots verts. Le groupe a été faire une ballade avec Ahmed, puis ce fut Aicha (potière et mère d’Ahmed) qui a fait une démonstration juste avant la tombée de la nuit. Touria, sa fille décore la poterie. Dans son gîte, Ahmed a réservé une pièce avec des étagères pour la poterie de sa mère. Dommage qu’elle soit de mauvaise qualité.

Après le dîner, Oum Keltoum avait préparé un cake et nous avons fêté ensemble l’anniversaire d’Agnès.

Nous avons quitté le gîte après avoir réglé Ahmed (180 Dh chacun pour la demi- pension).

 

Jeudi 29/09/11

Départ vers Oued Laou après avoir acheté à Chaouen pain, fruits (lait et café de peur de rester sans notre biberon le matin).

Arrivée chez Assia (douar Abdellaten) qui ne sait que sourire. Le repas était prêt : tagine de poulet, sardines frites, tortilla, salade de tomates et poivrons frits.

Après le café, Assia est passée dans son atelier pour travailler et non pour faire une démonstration. Assia contrairement aux autres, aime son métier. Le souk Sebt de Oued Laou n’étant pas loin, elle a toujours pu écouler sa production.

Elle est aussi partante pour la France et a déjà sa nouvelle carte d’identité. Elle pense qu’en son absence, sa mère restera chez son frère Younès et sa belle sœur pour laquelle elle n’a pas tari d’éloges.

Après nous sommes allés chez Rahma qui vient de marier son fils. Nadia sa fille est aussi partante pour la France et doit commencer à faire ses papiers.

Comme c’était le jour de la cuisson de la poterie, de nombreux fours étaient allumés, certains traditionnels, d’autres nouveaux sur conseil de potiers venus de Salé.  

Après nous sommes revenus chez Rahma qui nous attendait avec un goûter copieux. Les amis l’ont indemnisée (120 Dh).

 

Le dernier soir, nous avons dîné dans un petit restaurant au bord de la mer à Oued Laou (harira, fritures de poissons et crevettes pill pill) et nous avons passé la nuit dans un petit hôtel (100 dh par personne).  

 

Lorsque nous avons parlé aux femmes du voyage en France, nous leur avons précisé qu’il sera question seulement de prise en charge : billet d’avion et séjour.

Nous avons pensé qu’Anne Marie pouvait se renseigner au consulat s’il serait également demandé à ces femmes pour l’octroi de visa, un relevé bancaire avec un compte bien approvisionné.

 

De manière générale, Agnès pour qui ce n’est pas la première fois a constaté l’avancement des travaux de construction dans chacune des maisons visitées. Les familles se préparent petit à petit à avoir des chambres d’hôtes pour pouvoir recevoir des touristes nationaux ou étrangers. Ils étaient fiers de nous montrer tout ce qu’ils ont fait mais conscients de ce qu’il leur reste à faire. Cherif par exemple, a mentionné que les chambres sont prêtes mais qu’il n’a pas pu encore acheter les matelas. Fatma attend que ses enfants reviennent pour s’occuper des sanitaires.

 

Moi qui visitais les potières pour la première fois, j’étais ravie de pouvoir inaugurer ce système de logement chez l’habitant.

Depuis 1985, j’entends parler d’activités génératrices de revenus pour les femmes. En fait, ce sont toujours des activités qui donnent plus de travail aux femmes (ce qui les rend moins disponibles et leur crée des problèmes au sein de leur famille) et qui ne génèrent aucun revenu, sinon des revenus de misère, les exemples ne manquent pas.

Je me suis toujours posée la question de savoir pourquoi on ne mettrait pas les femmes sur le créneau des chambres d’hôtes et de la restauration.

Ces activités rapportent tellement et uniquement aux hommes vu qu'ils ont l'argent et du cran. Alors que ce sont toujours les femmes qui travaillent sous la supervision des hommes. Cela pourrait promouvoir à la fois, leur indépendance économique mais aussi le tourisme rural dans notre pays. Avant tout, c’est un domaine qui leur incombe traditionnellement et qu’elles font très bien et très consciencieusement alors que les hommes le font uniquement pour gagner de l’argent.

Point de départ de l’idée

Chaque fois que je suis partie sur le terrain, un peu partout,  et ce depuis 1985, il a fallu s’arrêter en cours de route, pour manger, etc. C’est toujours très sale comme si endroit modeste doit être synonyme de saleté. C’est toujours la mort dans l’âme que l’on se dirige vers les toilettes ou vers le point d’eau pour se laver les mains, redoutant d’attraper quelque chose.

Depuis, je rêve de mettre en place des petits restaurants tenus et gérés par les femmes, qui profitent aux femmes d’abord et où on ne serait pas arnaqués.

A un moment donné, j’ai pensé que dans une ville aussi touristique que Fès, il aurait été possible de repérer des femmes seules (veuves ou divorcées) qui souhaitent améliorer leurs conditions de vie, en offrant à déjeuner à un nombre déterminé de touristes nationaux ou étrangers qui seraient pour la journée à Fès. Ce jour là, j’accompagnais précisément des amis à Fès, on avait très mal mangé à midi et très cher. Il faisait chaud et nous aurions voulu trouver une petite maison « beldia », où il fait bon, pour manger marocain, simple et propre, avec les bons légumes et fruits de « Rsif? » (marché de légumes de fruits de la médina), avoir pour son argent, pouvoir nous reposer sur des banquettes, prendre un petit thé à la menthe avant de repartir pour l’après-midi. Ce n’est pas demander la lune, simple et faisable, n’est-ce pas ?

J’ai imaginé un endroit où on pourrait signaler de bon matin que tant de personnes souhaitent déjeuner dans un foyer marocain et faire répercuter la demande sur les principales intéressées.

 

Maintenant il va falloir accompagner ces familles pour faire de leur mieux pour un accueil dans de meilleures conditions.

  • Assurer de bonnes conditions d’hygiène : chambre, literie et sanitaires  propres, environnement sain.
  • Fournir une nourriture saine et équilibrée : 

Fatna aurait pu se simplifier la tâche en faisant un plat unique de couscous au poulet étant donné la difficulté des tâches ménagères.

Fatma aurait du s’abstenir de faire un tagine de poulet et des sardines frites le soir.

Assia aurait du s’en tenir aux sardines, salade et tortilla sans faire le tagine de poulet.

 

Remarque

Les ruraux de manière générale et les familles des potières en particulier vous offrent tout ce qu’ils ont mais apprécient aussi de recevoir.

Les fruits étaient bienvenus étant donné qu’ils sont loin de tout, les dattes nouvelles, le fekkas, les vêtements pour enfants, la vaseline, etc.

Geneviève les a aussi comblés en leur offrant des articles estampillés conseil général d’Anduze : casquette, lampe de poche sans pile, stylos, porte-clé, etc. mais aussi des Tee shirt « Planète terre ».

 

Conseil : ne pas tout donner d’un coup

Abdelali a donné tout un paquet de bonbons aux deux filles d’Ahmed, alors que ça aurait fait 36 000 heureux dans le dernier douar visité.

En arrivant chez Fatna, nous lui avons donné 2 gros melons et 2 petits. Si l’on avait gardé un gros et un petit pour Fatma, elle n’aurait pas été autant désolée de ne pas nous offrir de dessert.

 

Toutes ces familles qui nous ont accueillis ont pu le faire grâce à l’argent de la vente des objets artisanaux : poterie, broderie, tissage et vannerie. Au départ, il n'y avait pas de sanitaires, salle avec banquettes... Actuellement, toutes les potières ont pu agrandir et améliorer leur intérieur.

Il me semble que cette solution qui valorise leur travail et les rend responsables des améliorations de leur cadre de vie vaut mieux que le micro- crédit qui les maintient toujours dans la dépendance.

 

Avec plus de moyens les filles rurales ne feront probablement plus qu’un bref passage à l’école et ne seront plus aussi nombreuses dans les maisons à attendre un éventuel mari. Elles pourront poursuivre leurs études et deviendront ainsi des agents de changement.

 

La visite des potières de Oued Laou le 04-02-2011

 

Vendredi 4 février 2011, Agnès, Asna et Josette sont parties de Rabat pour aller retrouver à Ifrane Ali leurs collègues et amis de la SARL Marenjos. En effet Martine, Jacky et Radidja viennent trois fois  par an dans la vallée de l’Oued Laou pour acheter des poteries qu’ils vendent en France et « Terres des femmes » leur sert de relais sur le sol marocain. Si ça vous intéresse allez donc jeter un coup d’œil sur leur site : www.lhadara.com

 

Après 5 heures de route, nous avons fait étape dans un petit restaurant pour manger du poisson grillé sur la terrasse avec en champ de vision la mer et les barques de pêche.

 

P1000697

 

   

 

 

Nous avons terminé notre périple en arrivant à Ifrane Ali, petit village construit le long de l’oued. Nous avons tourné à la mosquée et pris un chemin de terre poussiéreux. Avec le brave 4 x 4 d’Agnès, nous avons traversé l’oued quasiment asséché et après avoir gravi le petit raidillon, nous sommes arrivées chez Assia, une potière qu’Agnès connaît depuis longtemps. La qualité du travail d’Assia est largement reconnue et c’est avec un sourire éclatant qu’elle nous a accueillies. Assia vit avec sa maman dans la maison qu’elle a pu rénover grâce à son travail de potière. Nous avons vu la "montagne" de poteries que Martine avait commandée et qui était prête à être emballée. Après quelques achats complémentaires et avoir bu le thé à la menthe et mangé des olives, du pain fait par Assia trempé dans de l’huile d’olive, nous sommes allées retrouver Martine pour se réchauffer en mangeant une soupe marocaine l’harira et pa 

rler de poteries et de potières.

 

Le samedi grand rassemblement hebdomadaire au souk (marché de plein air), les potières amènent leur production à dos d’âne sur la place et les vendent aux grossistes qui viennent de tout le Maroc.

P1000738

 

 

 

Rhama à gauche est venue  vendre ses poteries. Assïa, à sa droite s’assied un moment avec elle pour prendre de ses nouvelles et papoter. Elles ont mis leurs beaux habits, elles portent toutes les deux un mendil. C’est un rectangle de tissu tissé qu’elles mettent par-dessus le pantalon. Le mendil traditionnel est rouge et blanc quand la femme est mariée et il est rouge blanc et bleu quand la femme n’est pas mariée ou veuve.

 

Après le souk, nous sommes allées acheter des poteries chez Rhama et chez Fatima.

 

P1000761

 

 

Fatima et sa fille Souad dans leur cuisine avec les marmites qu’elles ont fabriquées et qui sont parfaites pour faire des bonnes soupes bien odorantes.

 

 

 

 


Par Myriam Van Calster, céramiste en Belgique :

 



Le 24 avril 2009, je suis partie au Maroc.  Destination Casablanca et ensuite Rabat.  J'avais rendez-vous avec Agnès Couplet de l'Association "Terres des Femmes".    Nous sommes parties le lendemain avec son 4-4.  Direction : Kenitra, Sidi Sacem, Ouezane, Aïn Barda, Rafsaï, Taounate.  (au-dessus de Fez).  De là, nous avons silloné la région à la recherche des potières.  L'une d'entre elles, nous accompagnait ainsi qu'une interprète.  Nous  logions à Dlimlet chez Naïma Zouita.  Nous avons été extrêmement  bien accueillies : thé à la menthe et pain fait maison arrosé d'huile d'olive (bio et première pression à froid !)et cela  à chaque rencontre,  quand ce n'est pas tout un repas improvisé pour nous.  Gentillesse, générosité, courage et bonne humeur sont au rendez-vous.

 


Le climat est déjà très chaud, les pistes difficiles (elles ont été fort abimées par les pluies du dernier hiver, les potières habitent parfois très loin de ces pistes.  Il faut accéder à pied par des chemins tortueux et escarpés.   Descendre et puis remonter... avec les pots !

 

cuisson


Les potières extraient l'argile des montagnes environnantes.  C'est à dos d'âne que cette argile est acheminée vers leurs lieux d'habitation. Vient ensuite le long travail de préparation de la terre.   L'argile est humidifiée, il faut parfois aussi aller chercher l'eau au-delà de son habitation.  Et puis il faut travailler la terre pour   la rendre malléable.  Elles y incorporent de la chamotte faites de morceaux de poteries concassées. 

 La cuisson est réalisée dans des fours en plein air.  Ce sont de simples  trous sur lesquels sont mis des branchages ou des bouses des vaches séchées, ensuite les poteries y sont couchées, recouvertes de branchages ou autres combustibles trouvés sur place.  Les cuissons sont relativement courtes (par rapport à nos cuissons électriques ou au gaz) et atteignent des températures de  650 à 700°.  Ces poteries restent donc relativement poreuses.  Elles  subissent des "coups de feu" , ce sont des traces noires laissées par les flammes qui viennent parfois "lécher" la poterie. Il y a aussi de la casse et des défauts dans les engobes naturels (à base de plantes) qu''elles utilisent. Mais, ces "défauts" font aussi le charme de ces poteries.

 

la découverte des poteries réalisées par Naima Zouita (tous les objets ont été empilés sur le toit de sa maison)

 


Les potières sont souvent des femmes âgées.  Elles hésitent à continuer de travailler la terre car leur travail n'est pas vraiment reconnu !  Elles se font parfois "rouler" par des intermédiaires ou marchands peu scrupuleux qui leur paient très peu leur production mais la revendent beaucoup  plus cher dans des galeries d'antiquaires  à Marrakech.

Agnès Couplet a créé l'association TERRES DES FEMMES.  Par son intervention et le prix correct auquel elle rachète les poteries aux femmes potières, celles-ci, en confiance, se remettent à travailler et ce qui fait partie du patrimoine artistique marocain est ainsi maintenu et sauvegardé.

Le travail de ces femmes méritantes et courageuses est ensuite vendu à Salé dans le complexe des potiers et dans une maison typique à la Kasbah des Oudayas (Rabat) par les vendeuses  de l'Assocation "Terres des Femmes".

  Ruelle proche du nouveau magasin de la Kasbah des Oudayas.

 

 

 

Un peu de détente sur la plage au sud de Rabat après un voyage éprouvant mais fertile en rencontres et découvertes !



Association pour la valorisation de la poterie rurale féminine du Nord du Maroc 

 

La poterie rurale féminine du Nord du Maroc est attachante par son authenticité, son archaïsme et sa naïveté mais surtout parce qu'elle est un témoignage vivant de l'histoire ancienne du Maroc.

 

 

  P1000072

 

    

Les buts de notre association sont de :

  • préserver ce patrimoine,
  • soutenir les femmes potières que nous rencontrons dans leur douar de montagne difficile d' accès en les faisant connaître,
  • encourager , dans une démarche de commerce équitable, leur production par un juste prix.

Notre démarche leur aura déjà permis d’améliorer leurs conditions de vie : agrandissement de leur maison, réfection de la toiture, aménagement de sanitaire.


Progressivement, nous tentons de répondre à leurs besoins. Ainsi, nous sommes amenés malgré leur analphabétisme  à  leur apprendre à  se servir d'un mètre, à  tenir un cahier de commande et un facturier.


   Nos boutiques connaissent un nombre croissant de visiteurs  N'hésitez pas à venir nous  y rencontrer !


Ø      dans la Kasbah des Oudayas,

13 rue Zirara, Rabat,

 

 

Ø      dans l’extension du complexe des potiers d’Oulja-Salé

 


acces.jpg


En acquérant une poterie, vous aiderez à la survie des femmes potières dans Ie Maroc rural et vous sauvegarderez un savoir faire unique, sinon bientôt disparu.

Au départ, assistante familiale et céramiste de profession, j’ai eu un coup de cœur en découvrant tout à fait par hasard des poteries rurales dans la région du Zerhoun.
Par la suite, j’ai fait la connaissance de ces potières et du livre de M. Berrada sur «  La poterie féminine » Ed. P&M Casablanca
Je me suis alors de plus en plus intéressée à la poterie rurale dans le Nord et le Sud du Maroc et me suis aperçue qu’elle était en voie de disparition.

Ayant eu l’opportunité d’enseigner la poterie aux enfants des écoles, j’y ai ajouté un cours « La poterie, le Maroc, toute une histoire ».
Une exposition de cette poterie me fut proposée et rencontra un grand succès. D’où me vint l’idée d’ouvrir une boutique et de parcourir tout le Nord à la recherche des dernières potières.
Progressivement des volontaires sont venus, d’où la création d’une Association : «  Terres des Femmes ».

Actuellement nous visitons 120 potières réparties sur 25 villages.  Elles sont le plus souvent âgées ou veuves et mères. Certaines avaient abandonné la poterie, d’autres étaient sur le point de le faire. Nos visites régulières et l’achat de leur production à prix fixe et équitable
les encouragent à continuer. Au fil des ans, nous avons vu se mettre en place l’infrastructure nécessaire au développement du tourisme chez l’habitant (stages de poterie à la demande).
Les jeunes filles préférant la broderie, nous leur apportons tissus et coton de qualité, leur apprenons à améliorer la finition et leur donnons des idées nouvelles. D’autres tissent la paille et nous sommes à la recherche de nouveaux modèles.

A présent, notre coup de cœur se porte autant sur la poterie que sur le vécu de ces femmes potières et leur famille.
Notre soucis est de les encourager à améliorer leur travail afin d’en obtenir un meilleur salaire mais aussi de faire en sorte qu’elles transmettent leur savoir-faire aux jeunes.

       Agnès pour « Terres des Femmes »

La poterie Zerhana.

Cette poterie se rencontre dans les montagnes du Zerhoun au nord de Moulay Idriss.  Les potières sont peu nombreuses. Leur poterie est cependant intéressante. La terre, qui  demande une longue préparation, est de bonne qualité.

A Beni-Meraz, la poterie façonnée à partir de gros colombins est lissée au galet.  La décoration est dessinée avec le jus de la feuille du lentisque ou encore avec une préparation obtenue à partir d'une pierre contenant du manganèse.  Elle est faite de dessins linéaires : triangles, chevrons, croix, points, cercles et suggère les champs, les épis, l'arbre, le soleil, l'eau, la montagne...  Elle est cuite à l'air libre dans un simple excavation du sol de 50 cm de profondeur recouverte de brindilles et de bouses de vaches sechées.

 

 

Saidïa el Kebir et ses enfants continuent  à façonner des pièces de qualité : jarres à eau, cruches, marmites, vases à traîre, barattes à beurre, brasero, enfumoirs, tasses, pots divers.  Depuis que nous lui achetons ses poteries, nous remarquons une réelle amélioration de son habitat.  Elle a entrepris, actuellement, la construction d'une chambre d'hôtes. 

 

Aïcha qui façonne de très belles barattes avait abandonnée  la poterie trouvant qu’elle n’était pas assez payée. A présent elle veut bien travailler sur commande pour nous. Elle a aussi commencé d’importants travaux pour agrandir sa maison. Au douar Dar'n Ser de la région de Beni-Hamar, Halima, veuve et mère de huit enfants,  façonne des  jarres à large ouverture sans anse, décorées d'animaux ciselés à la base du col.  Depuis que nous allons chez elle, d'anciennes potières se sont remises à l'ouvrage, Aïcha Temsamani, Khadija, Souad et Fatma sont devenues très créatives et produisent  énormément, entraînant et transmettant à d’autres leur savoir-faire. Elles empilent des colombins qu’elles lissent à l’aide d’un morceau de bois plat pour façonner plusieurs
jarres à la fois en plusieurs étapes. Par leur simplicité et leur naïveté leur poterie fait partie de ce qu’on appelle « l’art premier ». Mais leurs conditions de vie sont précaires. La vente de leur poterie les aide beaucoup à assumer leurs besoins et à améliorer leur habitat.





La poterie Cheraga

Dans le douar Gueddara l'Oued, toutes les femmes façonnent la terre.  A l'aide d'un petit tour actionné à la main, les jeunes abriquent des objets en série (supports de bonbonne de gaz, braseros).  Aux colombins, les plus âgées façonnent de grandes assiettes pour pétrir le pain et des jarres à eau aussi solides que de la pierre.  Grâce à la terre qui contient du mica scintillant au soleil.  Parmi elles, Fatna Bent Ahmed, Khadija Brach, Aicha, Mina, Aziza, Saidïa, Tamou, Badia, Barka.
Les hommes vont chercher la terre d'excellent qualité sur les flancs d'une montagne voisine et se chargent de la cuisson dans de grands fours communautaires.











La poterie de Beni Mezguilda
Aux Douars de Tarfania et de Slit, nombreuses sont les potières.
Leur travail fait renaître des formes parfois révolues ou en crèe de nouvelles, toujours bicolores, aux colorants naturels, noirs ou rouges sur engobe blanc, mais elles gardent intactes leurs habitudes de travail et les techniques ancestrales de façonnage et de cuisson.
Ces femmes décorent presque la totalité des surfaces avec des motifs très variés.
Elles n'hésitent pas à agrémenter les cruches par des rajouts en relief et des incisions.
Leurs jarres bien décorées et de toutes dimensions sont recherchées par les Espagnols.
Au Douar de Tarfania, Cherifa el Hassane a créé une association qui distribue les commandes aux sept potières du village.
Au Douar Slit, de très nombreuses femmes travaillent avec succès des jarres mais aussi de petits objets.
Chez les Baraka, 4 à 5 femmes travaillent ensemble. Rama Dérèse s'est spécialisée dans les très grandes jarres et Fatma Bouali dans les petites pièces soigneusement décorées.


La poterie des Beni-Mestara
De plus en plus nombreuses sont les femmes qui travaillent dans le Douar Gueriza .
Douar important mais dont les conditions de vie sont médiocres.
Mmes Chérifa Housmi, Zara et Radija el Mazi, Rhama Chiribe M'zidia, Cherifa Rhibez et Tama Dahoul façonnent une poterie qui. se rapproche de celle de Beni-Mézguilda, mais dont les motifs de décoration orange et noir sur fond blanc sont plus simples : petits points et traits.
La poterie de Sless
Les Sless sont originaires d'Andalousie. Ils se sont installés à Salé mais un de leur chef a préféré revenir dans cette région d'où le nom de Sless, dérivé de Salé.
Dans les Douars Moulay Bouchta et Zrola, les femmes potières étaient autrefois nombreuses (90) actuellement il en reste peut-être une dizaine. Leur travail a bien décliné aussi. Autrefois cette poterie était très recherchée pour sa décoration très fine et fournie qui couvrait la totalité de la surface. Actuellement les femmes potières ne gardent de leur principal graphisme que les gros traits verticaux et les chevrons. Le travail est devenu assez grossier, la matière est épaisse et les formes peu variées ne sont pas toujours bien finies. La potière blanchit d'abord sa pièce avec un engobe fait de terre blanche diluée dans l'eau. Cet engobe devient orangé et vire au rouge avec le temps. Sur celui-ci, elle applique du noir (galène), de l'ocre (argile).
Au Douar Zrola, Fadila Bent Mohamed, une femme âgée, est heureuse quand elle a une commande.
Au Douar Sebt-Kelaa Sless, dont l'accès difficile se fait à dos de mulet, les potières sont d'un âge avancé.
L'acquisition de la terre n'est pas aisée. L'argile est faite du brassage d'une argile qui vient d'assez loin avec une petite quantité d'une autre plus proche et d'une poudre faite de terre cuite broyée (chamotte).


La poterie de M'Tioua (Taounate-Louta)
Ici aussi, les femmes sont de moins en moins nombreuses à façonner bien qu'elles aient imaginé un four étonnant et bien pensé.
La plupart habite dans la montagne dans des lieux isolés des routes. Le Douar Taounate Louta, accessible par une mauvaise piste à flanc de colline, était autrefois entièrement voué à la production de la poterie.
Aujourd'hui, quelques femmes âgées en font encore : Aïcha Amoudi, Rhadïa Bent Rhama et Fatma Zeroki. Elles ne travaillent que sur commande.
Aïcha est maintenant âgée et a cessé de fabriquer. Son travail très fin et sa technique vont disparaïtre avec elle.
Par contre une jeune fille de Dlimet, Naïma Zouita, essaye, avec bonheur, de créer de nouvelles formes : vasques ou vases tous différents et originaux. Les deux argiles utilisées sont extraites des environs du douar et ramenées à dos d'âne. Les pièces sont recouvertes d'un engobe blanc et la décoration est bien spécifique : bicolore, orange-rouge et brun d'origine minéral ; elle combine le point et la ligne, parfois des chevrons répétés ou un quadrillage de filets plus fins formant un triangle. Cette poterie, unique en son genre, est à encourager afin qu'elle ne soit pas perdue.

La poterie des Beni Oulid
Au Douar Bouadel, les femmes sont originaires des M'tioua.
Fatna Nuino et Fatna Anari Bent El Hassan façonnent de grandes cruches et jarres à larges ouvertures aux formes nouvelles et aux motifs marrons et noirs sur engobe blanche qui semblent avoir été inspirées par de nouvelles techniques venues d'ailleurs.



La poterie de Meziate - Mezraoua

Le brassage dans la ville de Taounate avec d'autres tribus a permis aux femmes Mina Bent Abdahla et Fatna Bent Ahmed Bent Ali de se libérer dans l'inspiration des formes et des décors.
Cette autonomie vis-à-vis des teintes utilisées traditionnellement a permis l'introduction, d'une part, de la polychromie et, d'autre part, d'une liberté d'expression dans les formes et dans le décor qui ne se réfèrent plus à l'appartenance tribale.

La poterie de Jaïa (Aïn Berda) et des Beni - Zeroual
Ces poteries sont parmi les plus originales. Leurs formes et leurs décorations aux couleurs pastel sont très raffinées.
Au Douar Dhracheb, Aïcha Imri bent Abdelkarim habite une maison troglodyte.
Au Douar Aïn Berda, Maria Saïd et Jaîa de la tribu des Zéroual travaillent ensemble.

La poterie de Tsoul (Taza)
C'est l'une des plus belles du Maghreb, elle rappelle celle de la Kabylie.
Le travail réalisé actuellement est original et souvent soigné. Décor fait de 3 couleurs: noir (manganèse), ocre-rouge (oxyde de fer ou argile locale) ou orange, sur un engobe blanc.
Motifs faits de losanges, de triangles, de chevrons et de traits courts et répétés. Mais aussi de nombreux animaux modelés ou peints sur les pièces.
De belles pièces sont produites: aiguières, vases, braseros toujours décorés d'animaux.
La poterie de Ghzaoua
Elle se rencontre dans le Douar d'Aïn-Kobb qui est niché sur une hauteur et comprend quelques maisons, les unes surplombant les autres. Deux femmes agées y travaillent encore la poterie.
Menana et Khadouje utilisent un engobe blanc sur l'extérieur de sa poterie qu'elle décore de deux motifs géométriques et bicolores repris par toute la tribu. Parfois elles y ajoutent des incisions ou du relief en rajoutant de l'argile après séchage sur le périmètre des grandes pièces ou le goulot des cruches.
La cuisson se fait dans une excavation au sol durant à peu près deux heures.
Dans le Douar Dhar, AïchaTachti, veuve et mère de six enfants s'est remise à façonner avec ses deux filles de petites pièces qu'elle vend à Chefchaouen. Sur commande, elle réalise de grandes jarres, pourvu que l'on vienne les chercher car elle n'a pas la possibilité de les transporter.


La poterie de Beni-Saïd (Oued Laou)
La région a deux souks très importants : Beni-Saïd et Oued Laou.
Le Douar Ifrane-Ali, abrite environ 60 familles éparpillées sur trois collines autour d'un affluent de l'Oued Laou. Tout le douar vit de la production de poteries dont l'argile est de très bonne qualité. Toutes les femmes sont potières des plus âgées aux plus jeunes. Elles façonnent une poterie simple, lissée au galet, sans décor peint, mais avec un décor en relief fait d'entailles, réalisées au doigt ou avec un outil, de traits courts et droits ou formant des zigzags ou des points. Les formes sont très variées et parfois à vocation touristique. Parmi les potières, citons : Assia Izri, Rama Ilkadoum, Rachida Bouzerèse.
Les hommes se chargent de l'extraction de l'argile fine à laquelle il mélange du mica noir trouvé en couche sous la terre. Ils s'occupent aussi du concassage, du trempage, du séchage et enfin du tamisage. Ils rapportent aussi le combustible (branches de lentisque et bois de pin) pour les fours assez performants. Ceux-ci sont traditionnellement construits en terre argileuse et sont assez spacieux pour introduire le combustible et des dizaines de pièces par une ouverture à la base assez large. Le four comprend deux autres ouvertures latérales au-dessus de l'entrée et une troisième au sommet pour l'évacuation de la fumée. La cuisson dure 5 à 6 heures.
Une fois la production prête, les hommes participent au transport dans tout le pays et aux transactions commerciales. Les quantités exposées en permanence sur les routes du Nord, dans les villes du pays et à l'étranger, font croire à une poterie industrielle. Mais cette poterie est bien féminine et n'utilise aucune technique moderne, ni dans sa réalisation, ni dans sa cuisson, ni même dans sa commercialisation. Malheureusement ces potières en profitent bien peu, vu les prix d'achat dérisoires et irrationnels
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus